Mon blog est un miroir... Le reflet de toi, lui, moi… Vous y trouverez mes articles en réaction aux événements de l’actualité… Ma poésie… Des poèmes et chansons traduits de l’arabe… Mes chansons et poèmes célèbres préférés… De l’humour pour rire… mais aussi pour réfléchir... (TOUTE utilisation des articles ou vidéos Youtube de SAMIA LAMINE à des fins commerciales est strictement interdite. ME CONTACTER pour toute AUTORISATION.)
LE TAXISTE.
Blotti devant la grotte, entre les rochers, au sommet de la falaise, ses yeux noirs fixés vers l’horizon regardent loin malgré l’épais voile torrentiel qui les dissimule.
L’air marin, ce matin, ne le caresse pas, ne fait pas frissonner ses narines, ne l’enivre pas… Silencieux, aussi inactif et aussi apathique que les rocs battues par les vagues blanches déferlantes: il est engourdi par l’amer souvenir du jour où il ne l’a plus revue.
Les voiles sont invisibles, perdues qu'elles sont dans la houle de l’océan et enfoncées dans les nuages noirs, lourds et épais. Les rafales gonflent sa poitrine et ses côtes matées par la douleur sont brisées.
Des baleines affamées auraient mené leur danse macabre autour de l’épave, vaguant au gré de l’onde rugissante et des morts surnageants ou engloutis dans le gouffre salé...
Serait-elle déjà devenue oiseau dans le ciel?… Mais, ses ailes illuminées auraient-elles pu arracher son corps aux scies voraces de l’animal marin? AH ! Ma chérie !... Aurait- elle vu son cadavre lacéré? Oh ! Mon Dieu !... Aurait-elle vu sa jambe vomie et emportée vers le nord et son fémur vers le sud ? Quelle horreur!... Aurait-elle entendu le craquement de ses os et les cris désespérés puis étouffés de leur fille l’appelant ? Oh ! Mes chéries !
Il pleut des larmes de sang sur joues froissées par le supplice de ces sinistres illusions et toutes mouillées comme ses cheveux frisés. Son cœur enragé râle contre les vagues qui le regardent avec indifférence. Mais il est incapable de souffler un mot, pas même un soupir ; Maintenant, il a la gorge serrée, les mains crispées comme la gueule du mammifère fermant l’étau sur sa proie et qui aurait, peut-être, dévoré ce qu’il avait de plus cher dans la vie.
Les heures passent. Cela fait déjà quatre heures qu’il est là. Soudain, l’éclaircie apparaît fendant les brumes. Aveuglé, par cette lumière, il est secoué comme suite à un électrochoc.
Il regarde le ciel… L’arc-en-ciel resplendit avec ses couleurs dans la voûte céleste…
Il rentre chez lui…
Le lundi, au matin, il se réveillera au lever du jour et reconduira son taxi jaune dans le vacarme de la ville.
Des mois et des semaines passent… Il revient à la falaise…
Samia Lamine© 2009