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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 12:23

 

RÔLE DES ONG AMÉRICAINES DANS LE PRINTEMPS ARABE:

  Le cas complexe de la Tunisie
 jeudi 1 septembre 2011

 


INVESTIGATION

  Les ONG américaines présentes au pays du Jasmin ont depuis quelques années un rôle majeur dans le soutien logistique et la formation de cyberactivistes influents. Reportage dans un café, rendez-vous des blogueurs militants. Par Seif Soudani (à Tunis)


La question est taboue jusque dans la blogosphère tunisienne où elle n'est évoquée que du bout des lèvres. Pourtant, dans le milieu du blogging cybermilitant, chacun semble vaguement savoir, lorsqu'il n'est pas directement concerné, que les Américains ont œuvré et œuvrent encore, par le biais de diverses organisations non gouvernementales, à faire avancer certains agendas auprès des cyberdissidents.

Nul n'ignore le rôle que ces derniers ont joué dans les révolutions arabes : des tribunes an­ticensure et prolibertés individuelles, dont ils ont été les pionniers, au micro-blogging via Twitter signalant les positions des snipers, ils ont été ceux qui ont mis pleinement à contribution toute la puissance des réseaux sociaux et des outils du web à leur disposition pour faire tomber des dictatures à la force du clic !

Afin de faire la part des choses entre les faits et la désinformation, l'info et l'intox, nous avons mené l'enquête sur place, notamment à Tunis où les langues se délient maintenant que l'ex-régime n'est plus.

 

 

Au QG des "geeks"

C'est non loin du Barista's, un café huppé des Berges du Lac de Tunis, que nous rencontrons Ka­rim Benabdallah, alias Karim 2K, pseudonyme sous lequel il s'est fait connaître lors des événements pré-14 janvier 2011, blogueur de premier plan, célèbre pour sa présence sur le terrain. Devenu depuis la révolution du Jasmin une sorte de quartier général des "geeks" et des blogueurs militants, le café high-tech organisait ce jour-là, en partenariat avec une vingtaine de blogueurs influents, une opération de sensibilisation sur la toile à la nécessité de s'inscrire sur les listes électorales. Bilan, quatre nouveaux blogs créés ce soir-là, nous annonce-t-on fièrement.

 

Un soutien technique plus qu'idéologique

Le blogueur star Karim nous fait remarquer au passage une présence américaine ce jour-là aussi, par le biais de Monica Marks, une militante des droits de l'Homme venue de l'ambassade américaine située à quelques encablures de là, recueillant toutes sortes d'informations noir sur blanc, mais qui nous affirmera qu'elle est "self-employed", travaillant pour son propre compte.

Plutôt enclin à témoigner, le jeune cadre trentenaire entre d'emblée dans le vif du sujet. Nous comprenons alors que des clans se sont formés au sein même de la blogosphère depuis la révolution : les uns et les autres commençant enfin à parler politique après vingt-trois ans d'absence de débat, des divisions de politique partisane voire des luttes d'ego traversent en effet un groupe naguère soudé autour d'une même cause antidictature.

Pour autant, les conflits de personnes ne remettent pas en cause l'authenticité des révélations qu'il nous livre: toutes sont vérifiables, parfois preuves tangibles à l'appui telles que les cartes de visite de hauts responsables de divers organismes qu'il nous soumet, à l'image de celle de l'International Partnersbip Director de l'Institute for War and Peace Reporting, basé à Washington, New York, Londres et La Haye. L'homme aurait sollicité une rencontre avec lui et d'autres blogueurs connus en vue d'opérations de com.

Il nous parle d'abord de l'American Program for Middle-Eastern Youth, un programme de formation en "camp out" organisé au Maroc en 2009, auquel avaient été conviés cinq blogueurs tunisiens sélectionnés après avoir été repérés pour leur activisme, dont Aminé Kochlef, alias Stupeur, et Fatma Riahi, alias Arabica.

Il insiste sur le fait qu'à part les Etats-Unis à l'époque, aucun autre pays étranger n'était intervenu auprès des blogueurs. Par ailleurs, et toujours selon lui, à la veille de l'initiative commune de Yassine Ayari et Slim Amamou "Nhar Ala Ammar" dès mai 2010, désormais célèbres pour avoir osé braver la dictature en dénonçant la censure numérique, ceux-ci avaient été invités à l'ambassade américaine pour une visioconférence dont l'objet était une formation aux techniques de contournement de la censure ainsi qu'aux méthodes de réaction face à la répression.

Nous savons par ailleurs, d'après d'autres sources et nos propres recherches, que Slim Amamou, le blogueur devenu secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports après la révolution avant de démissionner, était discrètement parti en compagnie de l'homme d'affaires Farès Ma-brouk pour intervenir à une série de conférences à la prestigieuse Université de Yale à l'automne 2oro. Il avait par ailleurs été l'organisateur de Ted X Carthage, un événement où, parmi les conférenciers chargés de présenter leurs idées originales (le slogan de Ted X est "spreading ideas"), Slim Amamou s'était présenté comme le détenteur de la franchise "Anonymous" en Tunisie. Ayant des liens avec le Parti Pirate dans les pays où celui-ci existe, la doctrine Anonymous est aujourd'hui controversée comme on le verra plus loin.

 

"L'Américaine"

Autre figure clé du mouvement des blogueurs révolutionnaires, Leena Ben Mhenni est celle qui, d'après Karim 2K, est la plus en contact avec des ONG américaines. Pour l'avoir déjà rencontrée à Boston en 2008 où elle jouissait d'une bourse d'études sous le programme "Fulbright", nous savions déjà qu'elle était crainte sous Ben Ali par des autorités qui l'appelaient en privé "l'Américaine".

Plus généralement, Karim nous confirme enfin que des fondations comme l'IWPR se sont même employées à former les journalistes de la presse écrite, de la presse web ainsi que les médias locaux (Nessma, Mosaïque FM, Express FM, Tunisia Live, etc.). Il s'agissait de leur inculquer un savoir-faire dans le multimédia, le reportage en temps de conflit ayant des exigences propres. L'institut a promis de revenir utiliser ses fonds pour aider à la création entre autres de web radios.

Interrogé sur le fait de savoir s'il y a eu formation d'ordre idéologique, nous avons droit à un laconique "pas pour l'instant". "Ça va venir", ironise cependant le cyberactiviste. Lui-même a participé à des workshops et séminaires dans lesquels des blogueurs d'autres pays arabes étaient présents, tel que l'Egyp­tien Wael Abbas, très soucieux d'une action internationale coordonnée entre blogueurs et que l'on a aperçu à la réunion de l'Open Governance à Montpel­lier en juin dernier, une initiative ayant pour but d'étudier les diverses formes de démocratie participative de demain.

 

Vers une nouvelle doctrine du droit d'ingérence?

A l'issue de cette enquête, il ressort de nos divers entretiens, notamment avec d'autres blogueurs plus jeunes ainsi qu'avec la Freedom House ayant défrayé la chronique récemment pour ses liens supposés avec le nouveau ministre délégué au ministère de l'Intérieur, Lazhar Akremi que, d'une part, il existe des liens évidents entre ce type d'ONG et le Département d'Etat américain qui les subventionne, et que, d'autre part, l'action menée est avant tout de type logistique et non idéologique. Du moins si l'on considère les idéaux démocratiques comme appartenant à un agenda trans-idéologique, universaliste, et au-delà des pures considérations de politique étrangère et des intérêts qui existent évidemment malgré tout, du propre aveu d'Hillary Clinton.

Cependant, il est avéré que du matériel technique a bien été fourni à quelques blogueurs triés sur le volet (outils de transmission, appareils photos, caméras HD, etc.), ce qui peut de fait rendre moins indépendant, du moins légitimement faire suspecter des allégeances nuisant au fair reporting défendu par les ONG elles-mêmes.

Comme pour mieux légitimer l'action de son ministère, Hillary Clinton aurait affirmé en off, en marge de sa visite à Tunis du mois de mars dernier, que l'Etat américain a fait pression sur nombre d'ONG pour cesser de financer les entités dont il s'est avéré qu'elles étaient violentes, se fiant à une black list fruit d'une coopération entre les autorités américaines et le gouvernement de transition tunisien.

 

D'après nos informations, des groupes liés à Anonymous, dont Takriz, un groupuscule de hooligans se faisant passer pour un mouvement libertaire mais prônant le culte de l'anonymat, se serait ainsi vu couper les vivres depuis le printemps 2011, après avoir eu droit à un accès hard­ware sécurisé de ses serveurs.

Quoi qu'il en soit, les blogueurs tunisiens restent aujourd’hui divisés sur la question : il y a ceux qui, comme Sami Ben Gharbia, s'interrogent sur la légitimité et l'innocuité d'un financement américain du cyberactivisme du fait de la redevabilité et des loyautés potentielles limitant éventuellement les marges de manœuvre et la liberté de ton en cas de dérives. Il y a ceux ensuite qui pensent en revanche que cela est de bonne guerre, que si l'Occident veut préserver une certaine crédibilité, il en va même d'un certain devoir et d'une éthique des idéaux universels que de former à des choses aussi banales et d'apparence évidente que superviser l'opération des votes, surveiller des urnes, etc.

 

Source: http://www.lecourrierdelatlas.com/Politique/201092011ROLE-DES-ONG-AMERICAINES-DANS-LE-PRINTEMPS-ARABELe-cas-complexe-de-la-Tunisie/318.html

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