Vendredi 26 juin 2009



Explorer le monde avec un luth

Le luth est un instrument chargé de signification symbolique. Il incarne la convergence acoustique de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique qui forment la circonférence irrégulière de la Méditerranée. Un luthiste capable d’explorer les replis les plus secrets du son et de réfléchir longuement et amoureusement à l’héritage musical du monde arabe et islamique en général, est donc témoin de transformations culturelles aussi complexes que profondes.

La difficulté de cataloguer sa musique donne la mesure de la qualité de son parcours artistique. Échappant à tout étiquetage, ou plutôt se faufilant à travers les définitions qui vont du jazz au new age en passant par la world music, Anouar Brahem a confirmé une liberté d’expression peu commune dans l’environnement musical dans lequel il travaille. Entre les chansons populaires et les grands orchestres pléthoriques, on pourrait penser qu’il y a peu de place pour un soliste. Pourtant, avec ténacité et patience, il a réussi à se faire une vraie place, là où son instrument semblait voué au rôle d’accompagnateur du chant. Si de nombreux jeunes luthistes d’aujourd’hui considèrent l’oud comme un instrument particulièrement expressif, c’est beaucoup grâce à l’exemple donné par ce musicien tunisien, ainsi bien sûr que par les frères irakiens Jamil et Mounir Bashir.

Son penchant pour les formes cosmopolites de musique arabe, d’influence turque, révèle à la fois sa conception de l’oud, liée à l’essence du langage traditionnel (frontière transnationale représentée par les constellations modales, maqamat en arabe) et la parenté organique entre les divers membres de la grande famille des luths méditerranéens. D’où ses allusions à la guitare, au saz et au baglama, éléments d’une identité composite où ressortent les affinités entre des instruments qui sont autant de véritables piliers musicaux.

Son élan vers l’Orient, de la Tunisie et du monde arabe vers l’Asie, de la Turquie à l’Inde, suggère une curiosité jamais apaisée. La rigueur et le perfectionnisme sont évidemment des traits distinctifs, essentiels, de l’art musical islamique. On y trouve d’un côté la propension aux géométries mélodiques et aux motifs symétriques, sorte d’hérédité “classique”, et de l’autre la capacité à s’abstraire du présent, de l’histoire et de la matière, transformée en sons sublimes et délicats. La façon dont Brahem conjugue des formes ouvertes et fermées révèle sa personnalité artistique.

VOIR SUITE DE L'ARTICLE DANS LE SITE DE ANOUAR BRAHAMlink 
Par Samia Lamine - Publié dans : TUNISIE mon beau pays - Communauté : POETES FRANCOPHONES
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