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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 17:50


 

 


LE TAXISTE.

 

 

Blotti devant la grotte, entre les rochers, au sommet de la falaise, ses yeux noirs fixés vers l’horizon regardent loin malgré l’épais voile torrentiel qui les dissimule.

L’air marin, ce matin, ne le caresse pas, ne fait pas frissonner ses narines, ne l’enivre pas… Silencieux, aussi inactif et aussi apathique que les rocs battues par les vagues blanches déferlantes: il est engourdi par l’amer souvenir du jour où il ne l’a plus revue. 

   

Les voiles sont invisibles, perdues qu'elles sont dans la houle de l’océan et enfoncées dans les nuages noirs, lourds et épais. Les rafales gonflent sa poitrine et ses côtes matées par la douleur sont brisées.

 

Des baleines affamées auraient mené leur danse macabre autour de l’épave, vaguant au gré de l’onde rugissante et des morts surnageants ou engloutis dans le gouffre salé...

Serait-elle  déjà devenue oiseau  dans le ciel?… Mais, ses ailes illuminées auraient-elles pu arracher son corps aux scies voraces de l’animal marin? AH ! Ma chérie !... Aurait- elle vu son cadavre lacéré? Oh ! Mon Dieu !... Aurait-elle vu sa jambe vomie et emportée vers le nord et son fémur vers le sud ? Quelle horreur!... Aurait-elle entendu le craquement de ses os et les cris désespérés puis étouffés de leur fille l’appelant ? Oh ! Mes chéries !

 

Il  pleut des larmes de sang  sur joues froissées par le supplice de ces sinistres illusions  et toutes mouillées comme ses cheveux frisés. Son cœur enragé râle contre les vagues qui le regardent avec indifférence. Mais il est incapable de souffler un mot, pas même un soupir ; Maintenant, il a la gorge serrée, les mains crispées comme la gueule du mammifère fermant l’étau sur sa proie et qui aurait, peut-être, dévoré ce qu’il avait de plus cher dans la vie.

 

Les heures passent. Cela fait déjà quatre heures qu’il est là. Soudain, l’éclaircie apparaît fendant les brumes. Aveuglé, par cette lumière, il est secoué comme suite à un électrochoc.

  

Il regarde le ciel… L’arc-en-ciel resplendit avec ses couleurs dans la voûte céleste… 

 

Il  rentre chez lui…   

 

Le lundi, au matin, il se réveillera au lever du jour et reconduira son taxi jaune dans le vacarme de la ville.

 

Des mois et des semaines passent… Il revient à la falaise…

Samia Lamine© 2009



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Samia Lamine - dans Récit
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commentaires

nefissatriki 03/04/2009 13:39

Bonjour SamiaC'est un trés beau récit qui parle d'un drame humain .La mer féroce a avalé une fille trés chére . Tu as exprimé une tristesse profonde et évoqué souvenirs gravés à jamais dans le for intérieur de ce taxiste .En témoigne cette expression : " Des mois et des semaines passent… Il revient à la falaise…"Amicalement

Mohamed NOURI 24/03/2009 20:20

Bonsoir  AMIE  SAMIA ,Je suis ravi que tu aies apprécié mon commentaire que j'avais écrit en lettres de soleil et d'OR !Ton talent de narratrice est digne de tous les éloges !!Mohamed  NOURI

Samia Lamine 25/03/2009 21:00



MERCI NOURI POUR TES ELOGES !

MODESTEMENT.

SAMIA.



Mohamed NOURI 19/03/2009 00:14

Bonjour AMIE SAMIA ,Dans ce récit, un homme hanté par le spectre de sa femme morte dans un naufrage, revient sur les lieux du sinistre et se souvient.La structure de l’ensemble est simple. La narratrice commence par décrire, dans les trois premiers paragraphes, un homme dans un état quasi léthargique, accablé par le souvenir d’une femme à jamais perdue. Ensuite, et après une courte description d’une mer démontée sous un ciel de plomb, l’auteur fournit les premiers indices permettant au lecteur de formuler des hypothèses quant à la cause de la perte de cette femme. Ces indices sont contenus dans le quatrième paragraphe : « Des baleines affamées auraient mené leur danse macabre autour de l’épave, vaguant au gré de l’onde rugissante et des morts surnageant ou engloutis dans le gouffre salé... ». Des termes comme « EPAVE » et « MORTS », laissent supposer qu’il s’était agi d’un NAUFRAGE. Mais une question vient à l’esprit alors : qui, du taxiste ou du lecteur, émet ces hypothèses ? A vrai dire, les deux ; le premier , non sur la cause qu’il connait, mais sur LES CIRCONSTANCES , le deuxième sur la cause et les circonstances. A ce propos, la narratrice ne nous dit pas si ce père de famille est un rescapé du désastre. Il faut faire remarquer, ici, que l’emploi du conditionnel est là pour renforcer les suppositions et aussi pour entretenir le suspense dans l’esprit du lecteur.Le cinquième paragraphe est consacré à un play-back des événements tels qu’ils sont représentés hypothétiquement. Là aussi, l’hypothèse est servie par le conditionnel passé. Le taxiste imagine en les supposant, des circonstances qui auraient entouré la mort de sa compagne et de leur fille. Le style change, ici, et l’on se retrouve en plein style indirect libre, forme par laquelle le discours du personnage se manifeste par l’intermédiaire de celui de la narratrice. Car en fin de compte c’est cette dernière qui rapporte les hypothèses qu’elle semble avoir lues dans l’esprit du taxiste.Le lecteur est-il maintenant édifié sur la cause et les circonstances du sinistre ? Pas tout à fait, car son attention sera habilement tenue en haleine jusqu’ à la fin de CE RECIT SIMPLE, EN APPARENCE, MAIS O COMBIEN SUBTIL PARCE QU’IL REPRESENTE UN DRAME TEL QU’IL EST VU PAR UNE AME TORTUREE PAR LES HALLUCINATIONS OBSEDANTES.Dans ce même paragraphe, le taxiste, tout possédé qu’il est par ses fantasmes, va même supposer que sa femme morte s’est réincarnée dans un oiseau qui, par un dédoublement de l’âme, phénomène connu de la parapsychologie, aurait observé les péripéties de sa propre fin.Dans le sixième paragraphe, l’auteur effectue un retour a la peinture du portrait de l’homme et quand on lit les dernières phrases, on s’aperçoit que le doute reste de mise ; à preuve cette phrase : « La gueule du mammifère (….) qui aurait PEUT-ETRE dévoré ce qu’il avait de plus cher dans lavie ».Soudain, l’homme est rendu à la réalité par la lumière aveuglante du soleil.Désormais, sa vie ne sera plus qu’un incessant va-et-vient entre la fantasmagorie et le réel, entre le taxi et la falaise !UN GRAND B R A V O, S A M I A ! M E R C I de nous offrir ce réel plaisir de lire !N O U R I

Samia Lamine 19/03/2009 21:40



BONSOIR NOURI.

AH! mon cher ami. JE NE SAIS COMMENT TE FELICITER POUR CETTE ANALYSE LITTERAIRE DE CE RECIT. C'est un travail professionnel qui m'honore tant il lit dans mes pensées de narratrice.

Une remarque : Le choix de la couleur police m'ennivre tant elle me rappelle les rayons du soleil que j'adore et qui réchauffe la terre et nous donne l'énergie vitale.
 UN GRAND MERCI AMI.
( moi je t4OFFRE LA COULEUR DES ROSES QUE J'ADORE)

Bonne soirée.

SAMIA LAMINE.



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